
Tout d'abord, ce raisonnement se base sur la consommation de pétrole actuelle, alors que celle-ci ne cesse d'augmenter, notamment en raison de la forte demande des pays émergents, la Chine et l'Inde en particulier.
Ensuite et surtout, ce raisonnement laisse penser que pendant une quarantaine d'années il n'y aura aucun problème et que, une journée plus tard, la production de pétrole tombera brusquement à zéro, ce qui est bien sûr absurde. En fait, comme toutes les ressources finies, la production de pétrole a commencé et finira à zéro ce qui signifie que, entre les deux, elle passera mathématiquement par un maximum avant de se mettre à diminuer. Le peak oil désigne ce phénomène.
Ce double phénomène (augmentation de la demande et baisse de l'offre) conduira, en accord avec la loi de l'offre et de la demande à une explosion des prix du pétrole sans rapport avec ce que nous avons connu jusqu'ici. Ce phénomène aura des répercusions considérables sur notre mode de vie. Le pétrole est en effet une composante essentielle de notre mode de vie sur laquelle repose toute notre société moderne. Qu'il s'agisse des transports, du commerce, de la mondialisation, de la fabrication des biens, de l'exploitation des ressources naturelles ou même de l'agriculture, toute cette machinerie repose en majorité sur l'utilisation en abondance de pétrole bon marché.
Pour bien comprendre ce que cela signifie, il est pratique de se représenter l'énergie disponible actuellement grâce au pétrole en terme de serviteurs virtuels disponibles. Un calcul rapide montre que chaque Français utilise en moyenne l'équivalent énergétique d'une centaine de serviteurs pour se déplacer, se nourir et se loger. Une diminution de la quantité de pétrole disponible signifie que le nombre de «pétro-serviteurs» va se réduire au cours des années à venir. Les conséquences, par contre, seront tout sauf virtuelles. S'il fallait n'en retenir que deux, ce sont les suivantes :
Enfin si, jusqu'à présent, la croissance a toujours été perçue et montrée comme le remède universel à tous les maux de la société, notamment le chômage, la décroissance forcée que nous allons connaître va malheureusement mettre en péril de nombreux points que nous considérons comme des acquis définitifs :
Le peak oil signifie la fin de la mondialisation et du monde que nous connaissons. Cela ne signifie pas la fin du monde proprement dit, mais les voyages à l'autre bout du monde en quelques heures et la consommation effrénée que nous connaissons feront bientôt partie du passé. Le pétrole ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Cela prendra encore des dizaines d'années. Par contre, le moment où il n'y en aura plus assez pour tout le monde et où son prix excessif impactera notre mode de vie est beaucoup plus proche. Ce n'est pas un problème que devrons affronter les « générations futures », mais une réalité que la plupart d'entre nous connaîtront de leur vivant.
Eric Silberstein
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