Peu importe les querelles de spécialistes pour savoir si la BD remonte plutôt au milieu du XIXème siècle, ou à la Renaissance, et pourquoi pas, à l’antiquité... Ce qui est certain, en revanche, est que la bande dessinée est devenue un phénomène de société en même temps qu’un art et un mode d’expression à part entière.

La spécificité de la bande dessinée est de combiner l’expression graphique et le texte dans des séquences réparties en cases, offrant aux auteurs des possibilités inconnues avec le texte seul ou le dessin. On pourra par exemple montrer qu’une personne tenant un discours sérieux pense dans le même temps à ses vacances, grâce à un petit cadre contenant un second dessin superposé au premier et mettant celui-ci en abîme. Ce type d’expression sera très utilisé dans la BD humoristique. Ainsi, quand Astérix demandera à Obélix si tout va bien, celui-ci répondra d’une voix blanche « oui, oui... » tandis que dans un petit dessin au dessus de la tête d’Obélix Uderzo placera un sanglier rôti bien dodu, faisant comprendre qu’Obélix a faim, sans recourir au texte.
Un autre procédé auquel ont fréquemment recours les auteurs et dessinateurs est de créer une interactivité surréaliste entre l’auteur et son personnage, ce dernier fuyant par exemple la gomme du premier ou dialoguant avec lui (Marcel Gotlib : Rubrique à brac). On peut rendre les choses beaucoup plus subtiles avec un peu d’imagination, ou au contraire, forcer le trait pour marquer une situation cocasse. On arrive ainsi à une palette d’expressions particulièrement riche à laquelle s’ajouteront les spécificités graphiques du dessinateur et naturellement, de la personnalité qui transparaît dans ce coup de crayon. Citons à titre d’exemple l’univers noir de Jacques Tardi (C’était la guerre des tranchées), le trait foisonnant et humaniste de Joann Sfar (Le chat du Rabbin), ou le mutisme onirique de Shaun Tan (Là où vont nos pères), trois maîtres, trois visions, une seule humanité.
Du côté des écoles et des genres, il est important de noter au préalable qu’il existe autant d’univers que d’auteurs, ou presque, même si l’on peut détacher de l’ensemble quelques grandes catégories (on demandera pardon aux puristes pour le regroupement sous une même catégorie de séries qui leur sembleront relever de genres distincts).
La BD d’humour pour les 8-15 ans, mettant en scène des personnages devenus des héros très familiers tels Mafalda par Quino, Titeuf par ZEP, Garfield par Jim Davis, Malika Secouss par Tehem, Picsou par Walt Disney, Achille Talon par Greg, mais encore le petit Spirou, Calvin et Hobbes, etc.
Le trait est caricatural, les couleurs vives et l’humour omniprésent, ce sont en général des histoires tenant sur deux pages souvent bien construites même si on remarque souvent au fil des albums leur valeur inégale. Peu importe, ce sont des héros, et quand on les aime on leur pardonne leur faiblesse passagère...
La BD de l’école belge ou qui s’en inspire, avec principalement deux séries cultes : Tintin, par Hergé, et Blake et Mortimer par EP Jacobs, repris ultérieurement par Sente et Juillard. Le trait est fin, les couleurs assez raffinées et les personnages humains évoluent dans des univers réalistes. Astérix pourrait partiellement se rattacher à cette école, humour en plus.
La bande dessinée « prospective », d’anticipation et d’aventures (qu’on nous pardonne de les grouper ainsi !). Ce sont des univers fantastiques, oniriques ou d’aventure pour lesquels la beauté du dessin est essentielle, on citera par exemple la série L’Incal de Moebius et Jodorowski, Valérian par Mézière et Christin, Thorgal par Van hamme et Rosinski, auxquels on pourrait ajouter les univers magnifiques d’Hugo Pratt (Corto Maltese), d’Enki Bilal (La ville qui n’existait pas), ou de François Bourgeon (Les passagers du vent).
Enfin, ce très rapide tour d’horizon ne saurait se clore sans que l’on glisse un mot de deux autres genres essentiels : les comics et les mangas, les premiers sont les héritiers directs de la BD américaine des années 1930, ils représentent un monde en soi, foisonnant de héros, de superpouvoirs ou de détectives interlopes.
Les mangas, quant à eux, sont apparus au Japon, mais le succès qu’ils connaissent actuellement est en train de bouleverser le monde pourtant déjà très bigarré de la bande dessinée ; en outre, le manga est plus qu’un genre, car on pourrait le catégoriser en plusieurs groupes : le manga Komodo pour les jeunes, le Shonen pour les garçons, le Shojo pour les filles, etc.
Bref, on le comprend, la BD est une littérature incroyablement variée, intéressant tout autant les enfants que les adolescents ou leurs parents, et chacun selon ses goûts pourra y trouver satisfaction. Sur Kibodio, au travers de différents dossiers, nous vous proposons d’explorer ces univers magnifiques.