Barbe Bleue, conte de Charles Perrault

Il était une fois, un homme très riche
qui avait presque tout pour être heureux.
Mais il portait une barbe, d'une couleur incroyable, bleue.
Les femmes fuyaient à son passage en se moquant de lui.
Toutes les femmes ?
Non, les filles de sa voisine,
le regardaient sans rire de lui ni de sa barbe,
bleue comme un ciel d'été sans nuages.
« Voisine, venez passer quelques jours en mon château
à la campagne en compagnie,
bien sûr, de vos deux filles ? »
Au château il commença à donner des fêtes auxquelles succédèrent d'autres
fêtes, encore plus belles que les précédentes
tant et si bien que, tout compte
fait, sa barbe ne leur paraissait plus aussi bleue que ça...
bleu pâle peut-être mais bleue, non.

Il était tellement accueillant et il avait l'air tellement malheureux malgré les
mauvaises langues qui chuchotaient
« Il a déjà été marié, et même plusieurs fois, on ne sait pas ce que ses femmes
sont devenues... »
Et la saison des fêtes s'acheva par le mariage avec la plus jeune des filles de la
voisine.

Quelques temps plus tard :
« Femme, je dois prendre le bateau pour mes affaires.
En mon absence, pour ne pas vous sentir seule,
invitez parents et amis à venir
passer quelques jours au château. »
Et comme le château était sur la route de son voyage, il accompagna sa femme.
Au moment des adieux, il lui laissa le trousseau de clés :
« Là, vous avez clef du meuble où est rangée la vaisselle d'argent.
Là, la clef du coffre où sont les pièces d'or...
celle-là, ouvre toutes les portes.
Vous pourrez ainsi aller où bon vous semble.
La petite clé en or, celle-ci, il est défendu de s'en servir.
Elle ouvre la chambre au bout du grand couloir.
Je vous interdis d'y entrer. Au-revoir ma femme. »

Sitôt Barbe Bleue parti, la jeune femme commença à visiter,
une à une, les nombreuses pièces du château.
Elle passa et repassa dans le grand couloir au
bout duquel se trouve la chambre où Barbe Bleue a interdit d'entrer.
« Mais que peut-il y avoir dans cette pièce ?
Pourquoi ne veut-il pas que j'y entre ? »
Ses cheveux se dressèrent sur sa tête.
Il y avait là toutes les précédentes épouses de Barbe Bleue.
« Il les a tuées ! C'était donc vrai ce que l'on racontait.
Mais qu'est-ce que je dois faire ? »
Vite, elle remit la clef en or avec les autres, mais elle ne brillait plus comme avant.
De retour dans sa chambre, elle frotta la petite clé avec un chiffon,
mais rien n'y faisait.

« Oh, Barbe Bleue !
Vous paraissez toute blanche. Qu'est-ce qui vous est arrivé ?
Rien. Juste un peu de fatigue. »
Le lendemain,
« Donnez-moi le trousseau de clés.
Tiens, où est la petite clef en or ? Il me la faut tout de suite !
Pourquoi ne brille t'elle plus ?
Je ne sais pas.
Vous ne savez pas ! Moi, je le sais ! Je vais vous dire pourquoi.
Vous avez ouvert
la porte de la chambre malgré mon interdiction.
Et puisque c'est ainsi, vous prendre votre place parmi toutes ces dames. »

La jeune femme courut avertir sa soeur :
« Anne, ma soeur, Anne, monte sur la plus haute tour du château et dis-moi si tu vois nos frères arriver.
Ils m'ont promis de venir aujourd'hui.
Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Je ne vois que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie.
Femme !
Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Je ne vois que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie.
Femme !
Anne, ma soeur Anne... .
Je vois deux cavaliers... ... .
Vite, vite, faites vite !
Femme ! »
Et au moment où Barbe Bleue allait lui plonger son couteau dans le coeur, la porte s'ouvrit.
C'était les frères ! Barbe Bleue, évidemment, prit la fuite mais il fut vite
rattrapé et tomba sous leurs coups d'épée.
Les frères et soeurs n'arrêtèrent plus de s'embrasser et vécurent heureux et riches.

La Barbe Bleue est un conte de Charles Perrault paru en 1697 avec les contes de ma Mère l'Oye.