Cendrillon ou la Petite pantoufle de vair, conte de Charles Perrault

Il était une fois, un homme, qui avait perdu sa femme et qui se remaria à une
femme qui avait eu deux filles, méchantes comme elle.
De son côté, l'homme avait une fille, belle et gentille.
Sitôt remariée, la belle-mère révéla son vrai caractère :
Rien n'était trop beau pour ses filles chéries. Tous leurs caprices étaient
satisfaits. Et la fille du mari mangeait les restes dans la cuisine et dormait à la
cave. Elle faisait le ménage, préparait les repas, servait ses demi-soeurs à table...
sans jamais se plaindre. De toute façon, son père ne l'aurait pas écoutée.
Le soir, les travaux enfin finis, elle allait s'asseoir près du feu, pour se
réchauffer.
« Regardez-la ! Elle est ridicule, les fesses dans la cendre. Si nous l'appelions...
Cucendron.
Cucendron, Cucendron... »

Tout à côté de leur maison, se trouvait un château dans lequel habitait le fils du
roi. Voisin, voisines... les deux soeurs furent, un jour, invitées au bal qu'il donnait.
Elles étaient folles de joie :
« Cucendron, mon collier de perles ! »
La plus jeune des soeurs, moins méchante que l'aînée, se contentait de l'appeler
« Cendrillon.
Cendrillon, mes souliers dorés.
Cucendron ? T'aurais aimé aller au bal ?
Moi... oh ! »

Et pourtant, c'était bien elle la plus belle et la plus gracieuse de toutes les filles.
« Ma chérie, pourquoi pleures-tu?
Oh ! Ma fée marraine, c'est toi ?
Tu voudrais aller au bal ? C'est ça qui te fait pleurer ?
Oui.
Et bien, tu iras. »
Plus de Cucendron, ni même de Cendrillon, la fée venait de la transformer en
princesse.
« Va dans le jardin et rapporte-moi une citrouille. »
La citrouille devint un carrosse aux portes toutes dorées.
La fée qui avait plus d'un tour dans son sac à magie, attrapa alors six petites
souris qui devinrent les six plus beaux chevaux du monde.
« Et pour le cocher... un rat devrait convenir.
Oh merci marraine.
Fais bien attention à l'heure... sois de retour au dernier coup de l'horloge sonnant
minuit. Après, le charme sera rompu et tout reprendra sa première forme. »

Au palais, la fête battait son plein
« Qui est cette belle ? Tu la connais, toi ? Oh, quelle grâce ? Eh vous avez vu
comme elle marche ? C'est la fille d'un empereur !
Soyez la bienvenue dans mon château. »
Et lui prenant la main, le prince l'entraîna dans la farandole.

Après la danse, le prince plaça sa cavalière à ses côtés pour lui présenter ses
invités. Bien sûr, ses soeurs aussi lui firent la révérence mais sans la reconnaître.
Quand minuit approcha, elle songea qu'il lui fallait être de retour à l'heure.
« Noble prince, je dois m'en aller, maintenant. »
Et Cendrillon rentra à la maison où aux douze coups de minuit le carrosse
redevint citrouille, les chevaux, souris, son manteau brodé d'or, guenilles
habituelles.

Quelques heures plus tard,
« Cucendron, Cucendron !
Cendrillon !
Cucendron !
Bonsoir mes soeurs. Alors, vous êtes vous bien amusées ? »
Et elles, de lui raconter tout ce que Cendrillon savait déjà.
« Il y avait une fille d'empereur, au moins, tellement elle était, elle était... Oui,
idiote, pour être partie comme ça, si tôt ! »

Et la vie reprit son cours normal.
Jusqu'au jour où le prince organisa un nouveau bal, espérant bien y retrouver la
belle inconnue dont il était tombé amoureux.
Les soeurs mirent beaucoup plus de temps à essayer de se faire belles. Cendrillon
les coiffa et les aida à passer leurs robes, à les retirer, à les repasser ....
« Bonne soirée mes soeurs, amusez-vous bien ! »
Et Cendrillon courut dans le jardin ramasser une citrouille, chercher des souris,
un rat...
« Fée, ma fée marraine !
Tu veux retourner au bal ?
Oui, et j'ai déjà tout ce qu'il faut.
Bien. Mais cette fois-ci, il faudrait rajouter des laquais qui dérouleront des tapis
sous tes pas. »
Et c'est ainsi que des lézards qui se réchauffaient aux derniers rayons du soleil,
se retrouvèrent, soudain, sur deux pattes habillés et chapeautés.

L'arrivée de Cendrillon au palais fît encore plus d'effet que la première fois.
Le prince en personne vint l'accueillir et l'aida à descendre de son carrosse tandis
que les lézards, je veux dire les laquais, déroulaient les tapis sous leurs pieds.

Cendrillon et son prince dansèrent, dansèrent et dansèrent !

« Vous tremblez ? De quoi avez-vous peur ?
Excusez-moi. Je dois partir. Au-revoir »
Et Cendrillon quitta la salle de bal, prit son manteau brodé d'or,
se mit à courir, arriva dans la cour. Mais, dans sa précipitation, elle avait perdu
une chaussure !
« Garde, as-tu vu une princesse passer ?
Non, je n'ai vu qu'une pauvrette et j'ai trouvé ça... »
Ça désignait la citrouille, les souris, le rat et les lézards...
Le prince ramassa, que dis-je, recueilli, la chaussure perdue.
« Toutes les dames du royaume sont invitées à essayer un escarpin. Le prince
épousera celle dont le pied le chaussera.
Moi, moi, moi. C'est à mon tour d'essayer. Je veux l'essayer moi, d'abord ! »
Mais, aucun pied ne rentrait. Même en forçant avec un chausse-pied, rien n'y
faisait, soit les orteils dépassaient, soit le talon écrasait tout ! Des centaines,
des milliers de femmes l'essayèrent. Tant et si bien que vint le tour de
Cendrillon.
Son pied glissa sans peine à l'intérieur. Et pour mieux convaincre le prince que
c'était bien elle l'inconnue qu'il recherchait, elle mit, à son autre pied, le
deuxième escarpin qu'elle avait gardée.
« C'est vous ?
Quoi c'est elle ! Cucendron, Cendrillon ! »

Cendrillon pardonna à ses deux affreuses soeurs, les maria même avec les deux
plus grands seigneurs du royaume et vécut enfin heureuse avec son prince, dont
elle eut beaucoup d'enfants.

De ce conte de Charles Perrault paru en 1697 sous le nom de « Cendrillon ou la Petite pantoufle de verre » et de la reprise de ce conte publiée en 1812 par les frères Grimm (Aschenputtel), les studios Walt Disney en firent une adpatation dont le film Cendrillon sorti au cinéma en 1950.