La Belle au bois dormant, un conte de Charles Perrault

Il y avait une fois, un roi et une reine qui étaient si tristes de ne pas
avoir d'enfants que leur peine était difficile à imaginer. Ils
consultèrent médecins, guérisseurs... Burent à toutes les fontaines
miraculeuses de leur royaume, jusqu'au jour où.... leur rêve devint
réalité avec la naissance d'une petite fille.

Pour son baptême, le roi lui choisit comme marraines, les 7 fées qu'il
connaissait. Et avant qu'elles ne fassent cadeau à l'enfant d'un don
magique, il les invita à passer à table.

Au moment où les fées allaient s'installer à leur place, on vit entrer
une vieille fée qui n'avait pas été invitée. Cela faisait cinquante ans,
au moins, que personne ne l'avait vue. Il faut dire que personne n'osait
s'approcher de la tour où elle s'était retirée, tour qui était
considérée comme maudite.

« On fait la fête sans moi ? »
Aussitôt on lui fit une place à la table d'honneur mais on eut beau
chercher partout, la vaisselle en or n'avait été fabriquée qu'en sept
exemplaires. On lui donna une assiette en argent mais elle la refusa
croyant qu'on se moquait d'elle.
« Puisque c'est comme ça... »

A ces mots, la plus jeune des fées se leva et se cacha derrière les
rideaux, dans la chambre de la petite princesse.
« Si la méchante vieille lui jette un mauvais sort, je pourrai le conjurer,
étant la dernière à parler. »
En compagnie du roi, de la reine et de toute la cour, les fées
s'approchèrent du berceau.
La première fée sortit sa baguette magique :
« Tu seras belle comme personne au monde. »
La deuxième s'approcha :
« Tu seras la grâce incarnée. »
Vint le tour de la troisième :
« Tu chanteras comme un rossignol. »
Tu danseras à merveille.
Tu auras de l'esprit comme un ange.
Tu sauras jouer de tous les instruments de musique. »
La vieille fée se pencha vers le berceau et dit :
« Tu te piqueras le doigt avec un fuseau et tu en mourras ! »
Et elle disparut aussitôt.
La dernière des fées sortit alors de sa cachette :
« Tu te piqueras le doigt avec l'aiguille d'un fuseau, mais au lieu de
mourir, tu t'endormiras. Ton sommeil durera cent ans. Et à la
cent unième année, le fils d'un roi viendra te réveiller. »
Le roi ordonna de détruire tous les fuseaux qui étaient dans son
royaume.

Les années passèrent, quinze ou seize... et le petit bébé se
transforma en une belle princesse qui dansait, qui chantait... sans se
douter de ce que la méchante fée lui avait prédit.

Un jour, dans une aile du château où personne n'allait plus, elle
rencontra une vieille femme qui travaillait sur un métier à tisser.
« Bonjour, madame.
Parle plus fort, ma petite. Je n'entends pas bien. »
Ce qui expliquait qu'elle n'avait pas entendu parler des ordres du roi.
« Que faites-vous?
Oh, je peux essayer de filer ?
Là, c'est la quenouille où les fils s'enroulent et là, le fuseau qui sert à
les tordre...»
Et ce qui devait arriver, arriva.
« Aïe ! »
Une goutte de sang coula au doigt de la princesse et, elle s'évanouit.

Le roi et la reine ne purent rien faire d'autre que de préparer son
réveil, dans cent ans.
On installa la princesse dans la plus belle chambre du palais. Ses
servantes lui mirent sa plus belle robe, placèrent dans ses cheveux un
diadème d'or et de pierreries et la couvrirent de pétales de roses.
Elle respirait tout doucement.
La fée toucha les gardes, les femmes de chambre, les cuisinières, les
musiciens, les chevaux, et même Pouf, la petite chienne adorée, qui
s'endormirent.
« Adieu, mon enfant. »

Les années passèrent, dix, vingt, trente, quarante, cinquante,
soixante, soixante-dix, quatre-vingt, quatre-vingt-dix, cent.
Cette année-là, le fils du roi qui régnait alors et qui, était d'une autre
famille que celle de la princesse endormie, chassait avec sa cour.

Soudain, il aperçut une très haute tour, au beau milieu de la forêt.
« Quelqu'un pourrait m'expliquer ce que c'est?
C'est ce qui reste d'un vieux château habité que par des chouettes...
Pas du tout, pas du tout, c'est la maison d'un ogre.
Non. La vraie histoire je la tiens de mon père qui lui-même la tenait
de son propre père. Il y a très longtemps, peut-être cent ans, dans ce
château vivait une princesse d'une beauté incroyable. Et l'histoire dit
aussi qu'elle dort depuis tout ce temps. Elle sera réveillée par un fils
de roi à qui elle est destinée. »

A ces mots, le prince décida d'aller voir.
Il pénétra dans le château. Il vit des corps allongés par terre, mais
chacun semblait endormi, hommes, femmes, animaux. Il finit par
arriver devant le lit de La Belle au Bois Dormant.
« Qu'elle est belle ! »
Il déposa sur son front un baiser.
« Est-ce vous mon prince ?
Pour vous servir, madame.
Quelle heure est-il ?
L'heure de vous lever, madame. »
Tous les habitants du château se réveillèrent eux aussi, chacun
reprenant sa place jusqu'à Pouf qui lécha la main de la princesse.
Ils passèrent à la salle à manger où un festin était déjà prêt.
Il faut dire que cela faisait cent ans que le repas mijotait.

Au petit matin, le prince reprit son cheval pour rentrer chez lui.
Tous les jours, il disait aller à la chasse et, tous les jours, il allait
retrouver La Belle au Bois Dormant.

A la mort du roi, son père, le prince, osa enfin avouer qu'il s'était
marié et avait deux enfants, une petite fille, Aurore, et un petit
garçon,appelé Jour.
« Mère, je vous les confie, je dois partir à la guerre. »

Le fils parti, la mère qui était fille d'ogre convoqua son cuisinier :
« Je veux manger la petite Aurore, demain, pour mon souper !
Mais .... Madame.
Allez, allez me la préparer ! »
Le pauvre homme monta dans la chambre de la petite Aurore, saisit
son grand couteau
« Non, je ne peux pas ! »
Il se rendit à la ferme voisine, sacrifia un agneau et le cuisina et le
servit à la reine :
« Madame, voici le plat que vous m'avez demandé.
Aurore...est aussi bonne qu'un lever de soleil. »

Le lendemain, elle dit au cuisinier :
« Ce soir pour mon souper, je veux le petit Jour. Je le veux ! »
Le cuisinier alla à la ferme, prit un tendre chevreau et l'accommoda
selon le goût de la reine.
« Le petit Jour est un régal. »

Le lendemain elle appela son cuisinier :
«Ce soir pour mon souper je veux manger La Belle au Bois Dormant.
Allez, va me la préparer. »
Le cuisinier alla chez La Belle au Bois Dormant.
« Tuez-moi, puisque cette méchante reine le veut. J'irai retrouver mes
pauvres enfants.
Vos enfants sont à l'abri avec les miens. »
Il chassa une biche et en fit un plat délicieux.

Un soir que la méchante reine se promenait, elle entendit les voix du
petit Jour, de la Belle au Bois Dormant et de la petite Aurore.
« Ma vengeance sera terrible. Gardes, creusez un grand trou et
remplissez-le de serpents et de crocodiles. »
Les gardes s'apprêtaient à pousser dans le trou, le cuisinier, sa
femme, ses enfants, La Belle au Bois Dormant, la petite Aurore, le
petit Jour, quand tout à coup...

« Mais enfin, que se passe-t-il, ici ? »
C'était le prince qui, la guerre gagnée, rentrait chez lui et à sa vue, la
reine se jeta dans la fosse où les crocodiles la croquèrent.

De ce conte de Charles Perrault écrit en 1697 et de la version révisée de la même histoire par les Frères Grimm parue en 1812, les studios Disney en firent une adpatation dont le film La Belle Au Bois Dormant sorti au cinéma en 1959.