Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi né le 14 août 1947 à Tottori au Japon : un pont entre le Japon et la Belgique.

En tant qu'Occidental habitué à lire des bandes dessinées d'auteurs européens longtemps dominés par l'école belge, il est intéressant de se pencher sur le cas du mangaka Jirô Taniguchi. En effet cet auteur de manga est un personnage à part, un franc-tireur qui compte parmi les premiers à avoir établi une passerelle, puis un pont solide entre le manga japonais et la bande dessinée occidentale.

Les mangas de Jirô Taniguchi ont cette particularité que les lecteurs les plus réticents à la culture manga, une fois surmonté leur premier recul, finissent généralement par en redemander ! Il est vrai que si l'on a du Manga que la représentation qu'il nous est donné de voir dans les rayons des grandes surfaces, tels les DragonBall z - série interminable et au dessin caricatural - qui finissent parfois par se vendre au poids et bien d'autres choses plus médiocres encore, on conclut un peu hâtivement que le manga est une affaire de gamin nippon désoeuvré qui s'invente des monstres hideux à combattre déguisé en samouraï cosmique. De surcroît, il faut tourner le livre à l'envers pour essayer de suivre ces histoires qui ne nous parlent pas... !

Mais voilà, le manga ce n'est pas cela, ou tout au moins, ce n'est pas que cela. Il existe ce qu'il est convenu d'appeler le manga d'auteur, de même qu'il existe des séries courtes mises en page à la japonaise qui se lisent très bien. Dans cette optique, Jirô Taniguchi est l'un des maîtres actuels, sinon «Le» maître du manga d'auteur. Aussi, si nous décidons de lui consacrer un dossier sur le guide Kibodio, c'est parce qu'il n'est pas impossible que Jirô Taniguchi se révèle être le Hergé japonais de demain, qui en outre, à la différence du maître belge, aura su relier des cultures radicalement différentes sans sombrer dans le cliché.

Nous partons donc du postulat un peu présomptueux que « qui lit Jirô Taniguchi, lira Jirô Taniguchi ! » Les libraires et les bibliothécaires le savent, il ne reste plus qu'à convaincre la dernière frange réticente du public à l'égard de ce pan merveilleux de la culture japonaise.

On l'a dit, les mangas de Jirô Taniguchi ont pour particularité d'être mis en page à l'Occidental (à l'exception de quelques un toutefois). Les personnages en revanche sont, selon nous, un juste milieu, un équilibre quasi parfait d'une beauté rare, entre le visage manga avec ses expressions codées et le visage occidental représenté de manière plus conforme à nos codes sémiotiques.

Par ailleurs, Taniguchi introduit des problématiques propres à la culture japonaise dans ses bandes dessinées, mais qui rejoignent assez largement les préoccupations des auteurs occidentaux : conflits entre générations, univers magiques (sans pour autant céder aux excès des mondes parallèles), présence et respect de l'esprit des ancêtres, soucis de la nature et plus particulièrement des rapports entre l'homme et la nature. Cependant, ce souci de la Nature ne s'exprime pas à l'occidentale sous forme de culpabilité, de péché originel décliné sous l'angle de l'homme pollueur originel de la pure Nature, mais plutôt comme un panthéisme. La Nature est un tout quasi mystique, un Deus sive natura (Dieu, ou -autrement dit- la nature) comme l'affirmait en occident Spinoza au XVIIe siècle, au grand dam des théologiens de son temps.

L'homme doit comprendre son appartenance à ce tout pour être ou redevenir lui-même et trouver ainsi une sorte d'apaisement intérieur dans l'intuition qu'il n'est qu'une partie infime de cet ensemble, sans pour autant n'être rien, ni renoncer à son individualité.