Le Petit Nicolas

Le Petit Nicolas

Si le Petit Nicolas avait vieilli « normalement » depuis sa création en 1959, date à laquelle il devait avoir aux alentours de 7 ans (entre 6 et 10 ans selon Goscinny, ce qui laisse une large marge d'identification pour le lecteur !), de la même manière qu'on voit par exemple Harry Potter grandir au fil des épisodes, notre « petit » Nicolas devrait aujourd'hui frôler la soixantaine !

C'est à partir de 1959 que paraissent les premières histoires du Petit Nicolas, sous forme de feuilletons dans le supplément du dimanche de Sud-Ouest, sous la plume drolatique de Goscinny aidé du crayon non moins talentueux de Sempé. Mais le premier recueil d'histoires ne paraîtra chez Denoël qu'en 1960.

On le pensait d'une autre époque, un peu vieillot avec ses rondelles de cuir aux coude de ses gilets, avec ses pulls aux cols en « V », sa coupe de cheveux avec la raie sur le côté, ses maîtres d'école en blouse grise et tout un fourmillement de détails qui ancrent notre Petit Nicolas dans la jeunesse du tournant des années 1950-1960, mais, on se trompait. Comme l'atteste le succès du récent film de Laurent Tirard (avec Valérie Lemercier et Kad Merad) intitulé Le Petit Nicolas, comme le premier volume des aventures du héros éponyme créé par Goscinny, on se rend compte qu'il y a encore matière à faire rire et à intéresser les jeunes d'aujourd'hui. Certes, les parents eux-mêmes nostalgiques de cette série phare de leur enfance se seront empressés de faire découvrir ce petit héros parisien à leur progéniture, mais au-delà, la triade enfant papa, maman, avec les copains, les sorties en voiture, le train-train du quotidien parfois morose parfois plein de surprises n'a pas beaucoup changé depuis le début des années 1960. Certes, Nicolas n'a pas de Xbox, ni d'écran plat, il ignore ce qu'est un ordinateur et n'envoie pas de SMS à ses copains sous la table pendant la classe. Et pourtant, le lecteur hume indéniablement l'intemporalité de l'enfance dans ces pages, avec ses naïvetés, ses joies et ses peines, ses caprices, ses obstinations et ses voltes faces incessants. Chacun se lit lui-même et se revit lui-même Petit Nicolas, car c'est aux enfants d'une dizaine d'années que s'adressent avant tout les pages de Goscinny, même si plus d'un papa ou d'une maman a été pris de fou rire à la lecture d'une phrase délicieuse ou d'une illustration de Sempé. Alors, le Petit Nicolas est-il une figure hors du temps, un mythe moderne en somme ? Pourquoi pas ? Oh certes, pas un grand mythe façon Prométhée ou Icare, mais un petit mythe de chez nous, qui roule sa bosse tranquille, de décennie en décennie et qui, l'air de rien, à déjà traversé plusieurs générations de lecteurs. Toutes nos écoles sont encore pleines de Petits Nicolas, malgré les téléphones portables, les jeux vidéo et les cartes à collectionner, car si l'on gratte le vernis de l'époque on retrouve l'enfance, dans sa puissance créatrice, dans son désir de vivre, tout autant que dans son désarroi face à un monde adulte résolument incompréhensible...

Pourtant, une chose, ou plutôt, une figure à changé profondément entre l'époque de Goscinny et aujourd'hui, c'est celle du père. De maître puissant et omniscient au sein du foyer, faisant l'admiration des enfants, il est devenu quelque peu falot, lorsqu'il n'est pas une simple présence virtuelle et distante pour cause de décompositions et recompositions familiales multiples, lorsqu'il n'est pas tout simplement absent parce qu'ailleurs par nécessité économique ou par renoncement à occuper la place immense que ses enfants lui ont aménagée dans leur for intérieur. Bref, le Petit Nicolas a un vrai père, et c'est justement parce qu'il a un papa qu'il est lui-même pleinement enfant, sans avoir à se soucier de qui devra pour lui jouer ce rôle. Au-delà des valeurs morales ou religieuses, ce qui fait la puissance du personnage aujourd'hui, ce sont ses inscriptions sociales multiples, franches et cohérentes : il est un enfant avec un père et une mère, et la triade est solidaire. Il est élève et l'école est pour lui une évidence qui va de soi, en complément de ce qu'il apprend avec des parents normalement attentionnés, il est camarade et ami d'autres enfants appartenant à un réseau social concret, cohérent dans le temps et l'espace, à l'opposé de la duplicité factice des « réseaux sociaux » tellement en vogue aujourd'hui.

Alors, certes, peut-être que dans la dictature intellectuelle qui régnait à la fin des années 1960 et au début des années 1970, avec un regard à la Althusser, on pourrait voir dans la famille du Petit Nicolas le prototype d'un atomisme petit-bourgeois satisfait de lui-même. Classe moyenne sans conscience de classe elle aurait pu être critiquable tant du point de vue de l'intelligentsia marxiste d'alors que de celui d'une certaine mentalité paillettes et people d'aujourd'hui. La famille du Petit Nicolas n'est rien d'autre que l'expression d'une normalité qui ne se revendique pas, ne se désigne pas comme telle, mais qui résiste et devance les reproches qu'on pourrait lui adresser par un subtil mélange de tendresse et de poésie du quotidien, du temps qui passe, dans la vie ordinaire, elle-même ponctuée des extraordinaires découvertes de l'enfance.

Enfin, une autre facette intéressante du Petit Nicolas est sa situation même d'enfant dans cette période. Il n'est plus le petit misérable méprisé de tous qui doit aller à l'usine où à la mine pour rapporter quelques centimes, mais il n'est pas encore le petit prince discrètement omnipotent autour duquel s'articule (tout au moins dans ses discours d'intention) la famille d'aujourd'hui. En d'autre termes, il représente un moyen terme, une sorte d'équilibre, dans une période au cours de laquelle l'enfance avait déjà conquis sa place mais où l'adulte n'avait pas renoncé à son statut d'autorité (au sens le plus large du terme) face à lui, bref, une sorte d'âge d'or de la famille, que Goscinny, avec une extraordinaire finesse et lucidité, se plait à nous détailler de l'intérieur.

L'environnement du Petit Nicolas :

L'environnement du Petit Nicolas, c'est une ville, probablement grande, peut-être Paris, au tout début des années 1960. Au centre de la ville, il y a son école, sa maison, ses parents et bien sûr, ses copains. Chacun de ces points est essentiel et contribue à l'identité de ce petit garçon attachant.

Largement représenté par Sempé comme un enfant souriant, soigné et bien habillé (chemise, petite cravate, col en « V »), il est le plus souvent souriant et avenant. Une fois qu'on a dit qu'il est un enfant heureux, traversant la vie sans événement tragique, on a presque dit l'essentiel, et le personnage en lui-même est assez difficile à définir si l'on ne prend pas en compte son entourage.

Une chose est sûre : il aime son papa, qui travaille dans un bureau, et sa maman, qui est femme au foyer. Dans cet environnement rassurant, il ne redoute qu'une chose, que ses parents lui fassent la mauvaise surprise d'un petit frère ou d'une petite soeur.

À l'école, il n'est pas mauvais élève, mais ne dédaigne pas la rigolade avec ses copains. Il craint juste « le Bouillon », le surveillant général, qui fait les gros yeux, (comme le bouillon).

Parmi ses camarades de classe, il faut absolument connaître quelques incontournables, tels Alceste, le goinfre qui est toujours prêt à se grignoter un biscuit, une tablette de chocolat ou des bonbons. C'est un bon copain, jovial, quoiqu'ayant les mains un peu sales ou grasse du fait de sa gloutonnerie.

Clotaire, le cancre éternel, toujours puni, a néanmoins un avantage sur l'ensemble de la classe : chez lui, il y a la télévision, de quoi épater tous les copains.

Geoffroy, riche et fier de l'être, il aime épater les copains de sa classe, mais n'est pas vraiment un ami de Nicolas.

Eudes n'est pas vraiment un copain, mais plutôt une sorte de terreur qui n'hésite pas à donner des coups de poing sur le nez à ceux qui ne sont pas d'accord avec lui.

Enfin, le meilleur, ou plutôt le pire : Agnan. Archétype du premier de la classe (il a des lunettes), il boit les paroles de la maîtresse, s'indigne du chahut que font les autres et aime les livres. Bref, Agnan semble venir d'une autre planète, il est aussi étranger aux autres qu'il l'est pour eux... Beaucoup de scandales débutent par son intervention, car la délation est pour lui un moyen naturel de remettre de l'ordre dans la classe afin de pouvoir continuer à apprendre.

Quelques autres personnages reviennent régulièrement dans les histoires du Petit Nicolas : le directeur de l'école qui prédit le bagne aux cancres, M. Blédur, le voisin qui aime faire des blagues à tout le quartier, et surtout à son papa. Enfin, Marie-Edwige, archétype de la petite fille modèle, aussi jolie que peste, mais que le Petit Nicolas aimerait bien épouser, dans un avenir indéterminé...

On le voit donc, le personnage principal se définit plus par ce qui l'entoure que par des qualités propres. Même s'il aime le sport, il n'est pas le meilleur, et semble être à l'école un élève moyen sans histoire... Antihéros précoce, on l'aime donc pour ce qu'il n'est pas, mais aussi et surtout pour l'environnement qu'il nous donne à voir au travers de son regard d'enfant.

Les oeuvres :

Les histoires du Petit Nicolas sont éditées dans 6 recueils principaux : Le petit Nicolas paru en 1960 ; Les récrés du Petit Nicolas. Paru en 1961 ; Les Vacances du Petit Nicolas, paru en 1962 ; Le Petit Nicolas et les copains, paru en 1963 ; Joachim à des ennuis, paru en 1964 et réédité sous le titre Le Petit Nicolas a des ennuis ; auxquels s'ajoutent des recueils composés à partir de ces premiers et quelques inédits publiés par IMAV. L'inédit le plus récemment paru, s'intitule Le ballon rouge et autres histoire inédites. Il s'agit là encore d'un ensemble d'histoires, elles ont été illustrées en 2008 par Sempé à la demande de la fille de René Goscinny.

S'ajoute à cela une série de « flip book » petits recueils des seules illustrations de Sempé qui, feuilletées rapidement font un effet dessin animé. Quelques produits dérivés type agenda Petit Nicolas, etc. devraient fleurir dans les mois à venir, comme ce fut le cas pour Titeuf.

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