Les Schtroumpfs

C'est en 1959 que le dessinateur belge Peyo a rencontré le peuple des Schtroumpfs, à moins que ce ne soit le contraire... Quoi qu'il en soit, de petits êtres bleus à bonnet sont apparus dans notre monde moderne, mécanisé et violent, bref, un peu triste, pour nous parler de leur univers enchanteur, fait de simplicité et de liberté au contact de la Nature.

Les Schtroumpfs

Présentation des Schtroumpfs

La vie des Schtroumpfs, se déroule dans une intemporalité sereine, un vague Moyen Âge toutefois, les faisant côtoyer Johan et Pirlouit, puisque c'est à leurs côtés qu'ils firent leur première apparition en, magazine, il y a un peu plus de cinquante ans. Cette série qui a eu un immense succès, tout comme Astérix ou Tintin, a le mérite de s'adresser aussi bien aux enfants qu'aux plus grands. Les enfants, dès qu'ils savent lire, sont ravis de découvrir ces lutins espiègles et tout bleus, leur univers fait d'une vie simple, pleine de bonne humeur, dans un environnement bucolique avec lequel ils sont en parfaite harmonie. Certes, il existe bien quelques dangers guettant nos guillerets petits centenaires (les schtroumpfs sont âgés en moyenne de 130 ans) on pense notamment au sorcier Gargamel et à Azraël (son chat, Schtroumpfophage - en intention tout au moins) ou encore aux dangers de la nature : intempéries, maladies, gravité, etc.

Mais ce sont le plus souvent les Schtroumpfs eux-mêmes qui par leur conduite inappropriée à certains moments (oui, ils ont tous de petits défauts) se mettent temporairement en danger. Heureusement, le sage du village (qui n'est pas exactement un chef, notons-le bien, même si le mot apparaît parfois dans les titres ultérieurs à la mort de Peyo) veille à les prémunir contre les dangers de leur inexpérience et se tient toujours prêt à concocter quelque potion magique ou remède, un peu à la façon de Panoramix, le célèbre druide du village gaulois d'Astérix, à la différence près que les Schtroumpfs ne sont pas humains, même s'ils partagent avec l'espèce humaine nombre de ses défauts.

Les personnages des Schtroumpfs

Par principe, tout Schtroumpf s'appelle Schtroumpf : tous sont semblables et dans leur totalité forment le peuple des Schtroumpfs. Cependant, plusieurs exceptions se font jour au fil de la parution des nouveaux albums, sans doute pour ajouter un peu de piquant à cette harmonie trop étrangère à notre espèce.

Le Grand SchtroumpfGargamelLe Schtroumpf à lunettes

Bien sûr, il y a toujours eu le Grand Schtroumpf, âgé de plus de cinq cents ans, il veille sur les siens avec attention et bienveillance. Il détient un savoir ancestral qui se perd dans la nuit des temps et s'en sert à bon escient lorsque cela est nécessaire. Mais, dès le premier album, on distingue parmi tous ces petits êtres bleus a priori identiques, des traits les singularisant avec plus ou moins de force.

Ainsi, on remarque immédiatement le Schtroumpf à lunettes qui, outre le fait de porter des lunettes est toujours prêt à accomplir la volonté du Grand Schtroumpf et à la faire respecter parmi les siens en rappelant sans cesse aux autres que « le Grand Schtroumpf a dit... » Bref, on comprend bien que le Schtroumpf à lunettes est l'archétype du premier de la classe qui ne remet jamais la parole des ainés en questions et s'applique à faire tout ce que ceux-ci préconisent.

On remarque aussi, toujours dans le premier album, que certains Schtroumpfs ont aussi d'autres traits de caractère : l'un est astucieux, inventif et bricoleur, un autre se révèle paresseux, un autre encore est un peu benêt, etc. Ce sont les prémisses des caractères qui vont s'affirmer et s'opposer dans la suite de la série.

Notons parmi eux le Schtroumpf paresseux, le Schtroumpf grognon, dont chaque phrase commence par «moi, je n'aime pas», ajoutons le Schtroumpf bricoleur, le Schtroumpf étourdi, le Schtroumpf gourmand, toujours prêt à mitonner un petit plat ou prêt à déguster une soupe de salsepareille (plante dont raffolent les Schtroumpfs), le Schtroumpf coquet, sans oublier la Schtroumphette qui vient rappeler que les Schtroumpfs ne sont pas asexués, même si, comme on l'apprend dans le deuxième album, les bébés Schtroumpfs sont livrés par la cigogne les nuits de lune bleue.

Schtroumpf farceurSchtroumpf bricoleurSchtroumpf gourmandSchtroumpf paresseux

Enfin, ajoutons les personnages extérieurs au village : il s'agit principalement des ennemis des Schtroumpfs dont le plus illustre est l'affreux sorcier Gargamel qui espère réaliser le miracle de la pierre philosophale avec les Schtroumpfs, tandis que son chat, Azraël, ne rêve quant à lui que de dévorer l'un de ces gentils lutins bleus (par comparaison, un Schtroumpf fait environ un tiers de la taille d'un chat). Au contraire, quelques humains éclairés (comme un médecin ami du Grand Schtroumpf, ou l'alchimiste Homnibus) sont eux de gentils humains que les Schtroumpfs peuvent occasionnellement fréquenter sans danger.

Parlez-vous Schtroumpf ?

Bien évidemment, outre l'apparence, ce qui frappe le plus le lecteur chez ces lutins bleus, c'est le langage, car ils ont une manie, ou une spécificité, qui est de glisser le mot «schtroumpf» un peu partout, parfois même avec excès.

«Schtroumpf» est vide de sens et donc potentiellement plein de tous les sens que lui donnera le contexte dans lequel il est employé. Il peut être un adjectif, «Le beau Danube schtroumpf», il est plus souvent utilisé comme verbe «allez me schtroumpfer du bois», et très souvent comme adverbe «tout ceci est schtroumpfement intéressant» ou comme nom commun «suivez bien le schtroumpf de mon discours».

C'est donc une langue extrêmement simple, mais cependant délicate à bien utiliser, car pour bien schtroumpfer la langue Schtroumpf, il ni faut ni trop ni trop peu Schtroumpfer la Schtroumpf ordinaire et s'exprimer ainsi à la manière des Schtroumpfs eux-mêmes. Mieux encore, la langue Schtroumpf demande une certaine vigilance pour permettre de se faire comprendre, car trop Schtroumpfer la langue revient à la vider de toute précision et à n'en laisser subsister que la structure, véritable coquille vide, après qu'on en a évacué le sens.

L'humour des Schtroumpfs tient en grande partie à l'usage qui est fait de cette langue si particulière, lui donnant un piquant singulier parfois plein d'ambiguïtés.

Les Schtroumpfs et la Nature

L'univers des Schtroumpfs est vide de villes, de détritus et d'objets techniques envahissants, il se fond dans la Nature et se confond avec elle. Leur habitat est fait de huttes en forme de champignons et le règne du végétal y est absolu. La forêt environnante est d'autant plus grande que les Schtroumpfs sont petits, mais ils vivent en harmonie avec leur environnement.

Les Schtroumpfs pratiquent essentiellement la cueillette et leur attitude est en tout point écologique, et ce, dès le premier album de 1959 ! Cet aspect de la série la rend finalement très actuelle : le bonheur des Schtroumpfs réside en partie dans cette grande proximité avec la Nature. Certes, le Schtroumpf bricoleur tente bien à l'occasion de ses expériences d'introduire des objets techniques dans le village, mais ses frères Schtroumpfs n'en saisissent généralement pas l'intérêt, même s'il n'est pas rare que l'un deux s'écrie «on n'arrête pas le schtroumpf !» à l'occasion.

Ajoutons également que la tentation de la technique revient régulièrement dans les albums pour montrer les dangers qu'elle induit.

Les Schtroumpfs : critique sociale

La Schtroumpfette

Il n'est pas bien difficile de comprendre tout ce que le peuple des Schtroumpfs nous révèle à nous-mêmes de notre propre fonctionnement. D'un côté le monde Schtroumpf est monde parfait (ou presque) où il est donné à chacun d'exister tout en se fondant dans le tout, tandis que la totalité existe en chacun comme conscience. Mais à côté de cette utopie, l'harmonie est traversée par de nombreux problèmes, certes rarement graves, mais qui montrent que le bonheur est une donnée fragile, que rien n'est acquis par avance en la matière et qu'il suffit de l'écart d'un seul pour entraîner tous les autres dans une spirale de problèmes.

Dès le 1er album, l'histoire du Schtroumpf volant montre comment le désir, voire le caprice du seul Schtroumpf bricoleur (il veut inventer un moyen de voler) entraîne à sa suite une série de désagréments pour tous les autres Schtroumpfs (plumant la poule de l'un, défaisant la voile de l'autre, ou encore en prenant les ressorts d'un fauteuil pour fabriquer sa dernière invention). C'est dans le sens du bonheur perçu comme l'équilibre d'un tout, et donc nécessairement collectif, que les Schtroumpfs participent tout à la fois d'une utopie et d'un regard critique sur notre monde.

L'individualisme de notre temps les rend même parfaitement subversifs à qui prend le temps d'étudier cette société microscopique. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'en partant d'un monde égalitaire où chacun partage tout, jusqu'à un nom commun à tous, Peyo rajoute rapidement à ses personnages des attributs permettant de mieux les identifier, et d'avoir un semblant d'existence individuelle, soit qu'il suive en cela l'évolution de la société dans la montée en puissance de l'individualisme au tournant des années 60, soit qu'il s'y soit senti obligé pour faciliter le jeu des identifications...

Reste le rapport à la Nature, entier, puissant et immuable, on peut dire que l'empreinte carbone des Schtroumpfs est nulle ! Le peuple des lutins bleus est foncièrement écologiste. Pour les Schtroumpfs, la Nature - dont ils sont eux-mêmes parties - est le socle de leur équilibre et de leur bonheur et ils vivent cette Nature en partage plus qu'ils ne la possèdent.

Ce monde imaginaire où chacun ne prélève que ce dont il a besoin sans excès et sans avidité - leitmotiv de l'écologie contemporaine - est pourtant vieille d'un demi-siècle déjà avec les Schtroumpfs !