Kibodio a rencontré Catherine Denardou, psychomotricienne, pour évoquer avec elle une question qui préoccupe à juste titre les parents : quelles activités physiques peut-on proposer à son enfant à un âge donné, sans risquer d’entraver son développement ?

C’est essentiellement entre 0 et 4 ans que se mettent en place les grandes étapes du développement psychomoteur. On entend par là que, d’une part, le corps va changer d’un point de vue quantitatif (croissance) et, d’autre part, la maturation du système nerveux central va permettre l’évolution de la motricité chez l’enfant. Enfin, les facteurs environnementaux (psychoaffectifs et relationnels, par exemple) ont également un rôle à jouer.
Il est nécessaire de trouver des activités adaptées au stade de développement auquel se trouve l’enfant à un âge donné sous peine d’échec et même de risque pour la suite de sa croissance. En revanche après 4 ans, et plus encore à partir de 6 ans, l’éventail des activités physiques et sportives envisageable devient beaucoup plus riche et varié. Il est alors quasiment possible de s’initier à tous les sports moyennant un encadrement adapté.
Selon quel processus se fait ce développement psychomoteur ?
Des processus de deux ordres : neurologiques et environnementaux, qui tout au long de ce développement sont en interaction. Cette idée d’interaction est fondamentale, la personne est envisagée de manière globale.
Sur le plan neurologique, ce processus obéit à deux grandes lois :
- La loi dite de progression céphalocaudale : le contrôle moteur et postural progresse du haut vers le bas du corps, par exemple, le bébé commence par tenir sa tête, puis par être en position debout, et finalement marcher.
- La loi dite proximale distale : les segments les plus proches de l’axe corporel sont les premiers à pouvoir être contrôlés, puis, par la suite les parties les plus éloignées le sont à leur tour. Par exemple, l’enfant commence par contrôler le mouvement au niveau des épaules avant les doigts.
D’autre part, le développement est également lié à des facteurs environnementaux. Ce sont les facteurs psychologiques, sociaux et affectifs.
Par exemple, la non-réponse de la mère à la demande de l’enfant en temps voulu, ou a contrario, se préoccuper trop de l’enfant au moment où il n’est pas demandeur, créée ainsi un décalage entre les attentes de l’enfant et la réponse parentale. Malheureusement, la précarité sociale, du fait que l’attention des parents est happée par des soucis matériels de chaque instant, les rend parfois moins disponibles aux demandes de l’enfant.
Les carences affectives, quel que soit le milieu social d’origine, peuvent aboutir au même résultat.
L’environnement spatial est également important : idéalement il faudrait que l’espace de vie soit suffisant pour que l’enfant puisse évoluer à son gré.
D’autre part, des parents qui ne stimulent pas du tout leur enfant étant bébé en retardent ainsi le développement. Des gestes simples comme le porter dans les bras, le faire ramper, le stimuler avec des petits objets, bref des gestes que l’on fait en toute simplicité avec un bébé sont déjà de bonnes stimulations. D'une manière générale, le contact corporel est essentiel.
Enfin, a contrario, des parents voulant bien faire vont trop stimuler leur enfant et voudront lui faire faire des mouvements avant que sa maturation ne le permette : par exemple, le pousser à la marche ou même simplement le faire tenir debout avant que son tonus musculaire ne le lui permette.
Quelles sont les étapes du développement moteur de l’enfant ?
Elles sont nombreuses, mais on peut en citer quelques unes particulièrement importantes, à titre d’exemple. Mais attention, ce ne sont que des exemples basés sur des observations statistiques, et les écarts interindividuels sont parfois très importants !
Mais ne s’agit-il pas là que du développement moteur ?
Si mais on peut également observer des étapes dans le développement de la préhension (saisir un objet)
Comment s’aider de ces repères à la maison, par exemple ?
Il s’agit donc de leur proposer des activités adaptées, principalement en fonction de leur âge ainsi :
La plupart des fédérations sportives communiquent sur le fait que leur activité peut-être commencée très jeune, qu’en pensez-vous ?

Auparavant, il peut-être difficile pour des enfants de bien respecter les consignes, intégrer les règles du jeu et ressentir l’esprit d’équipe. Les tout petits sont très individualistes. Mais comme on le verra après, il y des contre-indications spécifiques pour certains sports, et parfois une certaine prudence est de mise.
À titre d’information, il est intéressant de visiter les sites internet des fédérations sportives.
Cependant, certaines activités, comme la piscine et la patinoire peuvent être abordées dès 4 ans, ce sera également le cas des initiations au judo ou à la danse, la clé étant, encore une fois, de s’assurer que l’encadrement est réalisé par des personnes compétentes dans le contact avec la petite enfance.
Que pensez-vous des « baby-sport » et « mini-sports » ?
Le principe de ces activités est justement d’être adapté aux possibilités des enfants à un âge donné. Pour les fédérations sportives c’est un enjeu évident, et pour les parents cela représente une opportunité d’ouverture au travers d’une offre qui n’existait pas ou peu il y a dix ans.
Parmi les sports les plus dynamiques dans le développement d’activités baby ou mini, citons le tennis, le hand-ball, le volley, le basket-ball, et certainement d’autres encore. Ce qu’il faut en retenir est que dans tous les cas, le terrain est adapté aux possibilités des enfants, comme par exemple les hauteurs des paniers de basket-ball ou du filet de Volley. Lorsqu’il y a des matchs, la durée totale et celle de chaque période sont également adaptées.
En ce qui concerne la question de l’âge, il ne faut pas être trop rigide, car tous les enfants ne se sont pas développés de la même façon à un âge donné. Il faut également prendre en compte leur motivation. Consulter un médecin, et plus particulièrement un médecin du sport est toujours une bonne idée, et ce d’autant que la majorité des fédérations sportives exigeront une visite de ce genre avant de valider l’inscription de votre enfant.
En résumé, quels sont les apports d’une pratique sportive chez les enfants ?
Le sport permet un épanouissement tant physique qu’intellectuel ou psychologique. Il est donc important de ne pas réduire le sport à la seule activité physique, même s’il est vrai qu’il contribue au bon développement du corps de l’enfant et notamment en l’aidant à devenir plus adroit et plus précis dans ses gestes.
Sur le plan psychologique, cela permet d’affirmer la personnalité naissante. L’esprit d’équipe est évidemment un plus pour affronter la vie, de même qu’une certaine habitude de la compétition. Sur le plan intellectuel, l’anticipation permanente du geste et des déplacements est tout autant stimulante.
Mais attention par la suite à ne pas basculer dans l’excès inverse du tout sport et notamment au syndrome du surentraînement, aux problèmes articulaires et osseux, mais avant d’en arriver là, il y a de la marge et du bon temps !
Merci Catherine, pourriez-vous conseiller quelques ouvrages aux parents qui souhaiteraient approfondir la question ?
Un excellent ouvrage accessible à tous donnera des idées aux parents pour trouver des activités physiques pour leur enfant avant de commencer un sport :
1000 jeux d’éveil pour les tout-petits : de la naissance à la maternelle. Horak, Sylvia.
Un ouvrage nettement plus théorique pour ceux qui veulent en savoir plus sur les concepts de la psychomotricité et notamment les échelles de développement telles qu’elles sont abordées ici, mais bien sûr de manière plus complète et approfondie :
Précis théorique et pratique du développement moteur du jeune enfant. Vaivre-Douret, Laurence. Elsevier Livres. 978-2842990060
Enfin, un grand succès de librairie, qu’il est toujours intéressant d’avoir à la maison :
Elever bébé : de la naissance à 6 ans. Rufo, Marcel. Hachette Pratique. Santé famille. 978-2012373426