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Une fois cette première ambiguïté levée, il faut s’attaquer à une seconde : Titeuf est-il le fils du Petit Nicolas ? Là, pour le coup, notre réponse sera plus nuancée. Il est indéniable qu’il existe de nombreuses similitudes entre les deux personnages et qu’une filiation, au moins thématique, existe entre ces deux figures emblématiques de l’enfance à l’école. Évidemment, les vieux maîtres en blouse et à moustache ont laissé la place à des maîtresses plus sympathiques et moins autoritaires, mais une constante demeure : la jungle de la cour de récréation !
C’est là que Titeuf comme le Petit Nicolas apprend la vie, la vraie, avec des billes, des bagarres, des amourettes et des haines passagères entre garçons et filles. De la même manière qu’Edwige a fait rêver le Petit Nicolas, Nadia est la petite fille vers laquelle convergent toutes les projections des garçons en termes d’avenir, de mariage, de vie de grand en somme...
Et puis, il y a toute la bande de copains, certes un peu plus «trash» que ceux du Petit Nicolas, mais c’est l’époque qui l’exige. En effet, exit les Alceste et autres Rufus, ici les copains de classe ont de doux surnoms comme Vomito, Puduk ou Morvax, même si nombre d’entre eux n’ont pas de surnom suggestif, tels que Manu ou François, les meilleurs copains de Titeuf ou encore Ramon, le fils d’émigrés espagnols qui a du mal à se mettre au français.
Les interrogations sur le développement sexuel sont omniprésentes, mais par la naïveté des représentations qu’en ont les copains de Titeuf et lui-même, on voit bien que cette génération n’a pas beaucoup avancé dans la compréhension des grands mystères de la reproduction par rapport à celle du Petit Nicolas, même si elle en parle plus, beaucoup plus, parfois même un peu trop...
Une autre différence d’importance entre le mode de Nicolas et celui de Titeuf est que les parents de ce dernier vont lui imposer une petite sœur, tandis que ceux du Petit Nicolas en restent au stade de l’hypothèse.
Enfin, le vocabulaire de Titeuf comporte des singularités qui font son charme, le fameux « Tchô » (ciao), ou le « pô » de « même pô mal » ainsi qu’une abondance de méga-over, etc.
Bref, on n’est plus dans le « c’est chouette » du Petit Nicolas, les temps changent, les mots aussi, surtout ceux du préau, et ce qui donne toute sa consistance au travail de Zep est justement de savoir suivre cela au plus près.
Ajoutons encore que Zep n’est pas l’auteur du seul Titeuf mais que son génie créatif a inventé d’autres personnages, certains sortis eux aussi du registre de l’enfance (comme ceux de la série des « Chronokids », « Captain Biceps » ou encore « Les Deschamps »), et d’autres plus implantés dans le monde adulte comme « Happy sex » ou « Les filles électriques ».
La polémique : au début des années 2000, plus qu’aujourd’hui existait une polémique ayant pour objet Titeuf. Une « bien pensance » naïve, à savoir, croire que c’est en ne faisant lire que des choses «bien écrites» et d’une moralité n’admettant aucun écart que l’on éduque bien ses enfants, ignorant par-là la réalité des cours de récréation et des relations entre enfants d’une manière générale.
Dans ce contexte, les gros mots, et le fait que Titeuf ne dise pas « oh mince alors », « flûte » ou « zut » mais des vrais gros mots et des inventions truculentes dans le genre de « zizi pourri » ou « tu pues du slip » serait un affront à la bonne éducation que tout parent entend donner à ses enfants. Pire encore, pour les anti-Zep, ce serait une forme de complaisance démagogique et facile. Retournons-leur l’argument. Ce qui est facile et complaisant selon nous est d’imaginer l’enfance comme un temps de mièvrerie et de pureté, une bulle parfaite que des intrusions indésirables, telle celle de Titeuf, viendraient faire éclater. Ces « parents jardiniers » qui n’attendent de leur enfant que perfection et quintessence en toute chose ont tendance à envisager le monde extérieur comme une pollution face à leur volonté absolue de faire de leur enfant un être unique.
Dans cette roseraie de l’individualisme réfutant la nécessité sociale de l’enfant, et ce dès son plus jeune âge, on ignore que ce n’est pas dans une protection aussi bien intentionnée soit-elle que l’être humain se construit, mais au contraire dans le contact et l’échange incessant avec les autres enfants et, dans une certaine mesure, avec les adultes. Alors, s’horrifier de voir des gamins de 10 ans apporter une boulette de « schmit » à l’école (en fait, c’est une crotte de lapin), ou s’imager que « rouler une pelle » à une fille consiste à lui enfoncer une pelle à tarte dans la bouche et à la tourner, est selon nous atterrant, car d’une part c’est très drôle et les enfants de 9 à 13 ans comprennent très bien cet humour qui par ailleurs est pour eux un formidable exutoire et une manière d’exorciser l’angoisse de l’avenir.
Enfin, dernier procès fait à Zep, peut-être plus fondé celui-là, est de trop bien savoir faire vendre son petit personnage à houppette blonde. Cependant, assure l’auteur, même si les produits dérivés abondent, il refuse 95 % des demandes qui lui sont faites d’utiliser Titeuf à des fins de marketing ou de promotion de marques et de produits. Doit-on du coup reprocher à Zep son succès et sa formidable ascension au sein de l’univers très fermé des stars de la BD ?
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